
S’il existe des mouvements de conscientisation à l’égard de la neurodivergence et de la diversité sexuelle et/ou de genre, il importe également de considérer que ces réalités se croisent fréquemment. De nombreuses personnes s'identifient à la fois comme neurodivergentes et comme membres de la communauté LGBTQ+, une intersection qui peut être qualifiée par le terme neuroqueer.
Qu'est-ce que signifie « neuroqueer »?
Le terme neuroqueer ne désigne pas une identité fixe ni un diagnostic. Il s'agit plutôt d'un terme qui naît de l’intersection entre la neurodivergence (spectre de l’autisme, TDAH, syndrome Gilles de la Tourette, troubles d’apprentissage) et la communauté LGBTQ+.
Le terme neuroqueer nous invite à explorer l’intersection entre les standards sociaux gouvernés par le capacitisme, la neuronormativité ainsi que l’hétéronormativité (voir le glossaire au bas de l’article). Cette intersection, rend possible les expressions identitaires fluides et plurielles, tout en défiant un ensemble de normes sociales qui peuvent être vécues comme oppressantes et stigmatisantes pour les personnes neuroqueer.
Ainsi, le concept de l’identité neuroqueer nous rappelle qu'aucune identité n'existe en vase clos, qu’elle est amenée à être créée, influencée et définie par de multiples facteurs.
Une intersection bien documentée
Alors que la neurodivergence et la diversité sexuelle et/ou de genre ont été étudiées majoritairement séparément et dans des domaines distincts, les recherches récentes démontrent que les personnes neurodivergentes sont plus nombreuses que la population générale à s'identifier à la communauté LGBTQ+.
Quelques recherches d’envergure rapportent les résultats suivants (ADHD Centre, 2026 ; ICAN, 2025 ; Weir et al., 2020 ; Young et al., 2023) :
Alors que ces chiffres démontrent clairement la coexistence de la neurodivergence et la diversité sexuelle et/ou de genre, la prudence est de mise lorsqu’on interprète ces chiffres. Il ne s'agit pas de déduire que la neurodivergence « cause » une identité LGBTQ+ (ou l’inverse), mais plutôt de constater que des facteurs communs peuvent contribuer aux deux identités.
En outre, certains aspects neurodéveloppementaux qui « façonnent» un cerveau neurodivergent guiderait aussi l’expression de la sexualité et du genre (Goetz et Adams, 2022). Le cerveau neurodivergent serait moins enclin à suivre les conventions sociales qui lui paraissent oppressantes et/ou dépourvues de sens. Par ailleurs, les personnes ayant un statut de diversité auraient une capacité accrue à questionner les normes sociales et à adhérer à des identités flexibles et moins normatives (ADHD Centre, 2026 ; MHD, s.d.).
Une autre perspective propose que la façon de percevoir le monde du point de vue neurodivergent favorise une expression plus authentique et moins inhibée de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle. Certaines personnes neuroqueer rapportent également une réflexion très analytique sur leur identité, les amenant à remettre en question des catégories fixes pour construire, de manière très intentionnée et choisie, l’expression du genre et de l’orientation sexuelle qui paraît la plus ajustée (ADHD Centre, 2026 ; Goetzet Adams, 2022 ; MHD, s.d. ; ICAN, 2025)
Des défis qui se cumulent
Vivre à l'intersection de la neurodivergence et de la diversité sexuelle ou de genre peut apporter un sentiment d'appartenance unique et une grande congruence envers soi-même, mais cela peut aussi représenter des défis supplémentaires. En outre, les individus neuroqueer font face à un double risque de stigmatisation. Elles peuvent se sentir incomprises en raison de leur neurodivergence tout en étant confrontées à des préjugés liés à leur orientation sexuelle ou à leur identité de genre.
Rappelons que la neurodivergence et la diversité sexuelle et/ou de genre, ont, historiquement, grandement été pathologisés par les domaines de la médecine et de la psychologie. À ce jour, le vocabulaire employé pour désigner certaines identités (trouble, dysphorie, déficit, symptômes), peut engendrer un sentiment de honte et de culpabilité chez la personne neurodivergente et/ou les membres de la communauté LGBTQ+.
Par ailleurs, cette double identité marginalisée peut augmenter le risque d'isolement, d'anxiété, de dépression ou d'intimidation, ce qui soulève l'importance des environnements inclusifs. Les messages et gestes haineux qui portent atteinte à l’identité même d’une personne, peuvent engendrer des troubles de santé mentale sérieux, dont le trouble du stress post-traumatique (MHA, s.d.).
Quelques pistes peuvent être considérées par les personnes neuroqueer afin de limiter les risques associés à la discrimination, dont :
L'importance d'une approche affirmative
Reconnaître l’existence des personnes neuroqueer encourage une approche ouverte, curieuse et nuancée, qui permet l’expression d’identités uniques et cohérentes.
C’est exactement cette posture qu’on souhaite retrouver chez un·e professionnel·le de la santé qui travaille avec la population neuroqueer. Cette approche favorise un climat de sécurité psychologique où les personnes peuvent explorer et exprimer leur identité sans craindre d'être invalidées ou mécomprises.
Une philosophie affirmative consiste notamment à :
Parler de neuroqueerness, c'est reconnaître que la diversité humaine ne se limite pas à des catégories distinctes. C'est comprendre que les neurotypes, les identités de genre et les orientations sexuelles peuvent s’entrecouper de multiples façons, et que chacune de ces expériences mérite d'être accueillie avec ouverture, respect et bienveillance.
Glossaire
Neurodivergence : Mot générique servant à désigner tout mode de fonctionnement neurologique considéré comme divergent du fonctionnement « typique » ou majoritaire. Voir article : Comprendre la neurodivergence : Au-delà des étiquettes
Neuronormativité : Ensemble de règles sociales (généralement implicites) qui place le fonctionnement neurotypique au centre, afin d’établir des standards, des normes et des attentes.
Queer : Terme qui englobe l’ensemble de la diversité sexuelle et de genre, souvent associé à une remise en question des normes et à un militantisme.
Capacitisme : Discrimination systémique envers les personnes neurodivergentes et/ou en situation de handicap, valorisant les capacités typiques comme des idéaux à atteindre.
Hétéronormativité : Cadre normatif qui présume qu’un individu est cisgenre, hétérosexuel et adhère au modèle relationnel/familial conventionnel.
Bibliographie et ressources consultées
Goetz, T.G., & Adams, N. (2022). The transgender and gender diverse and attention deficit hyperactivity disorder nexus: A systematic review. Journal of Gay & Lesbian Mental Health, 28(1), 2-19.
ICAN Children’s Therapy. (2025, June14). The overlap between neurodiversity and LGBTQIA+ identities. https://www.i-can.center/blog/the-overlap-between-neurodiversity-and-lgbtqia-identities
Mental Health America. (n.d.).Neuroqueer identities and mental health. https://mhanational.org/resources/neuroqueer-identities-and-mental-health/
The ADHD Centre. (2026, janvier 19). Neurodiversity: Understanding the overlap between conditions. https://www.adhdcentre.co.uk/neurodiversity-understanding-the-overlap-between-conditions/
Warrier, V., Greenberg, D. M., Weir,E., Buckingham, C., Smith, P., Lai, M.-C., Allison, C., & Baron-Cohen, S.(2020). Elevated rates of autism, other neurodevelopmental and psychiatric diagnoses, and autistic traits in transgender and gender-diverse individuals. Communications, 11(3959). https://doi.org/10.1038/s41467-020-17794-1
Weir, E.,Allison, C., & Baron-Cohen, S. (2021). The sexual health, orientation, and activity of autistic adolescents and adults. Autism Research. https://doi.org/10.1002/aur.2604
Young, S., Klassen, L. J.,Reitmeier, S. D., Matheson, J. D., & Gudjonsson, G. H. (2023). Let's Talk about Sex… and ADHD: Findings from an Anonymous Online Survey.
International journal of environmental research and public health, 20(3), 2037.https://doi.org/10.3390/ijerph20032037