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Quand la neurodivergence devient violente : Comprendre sans stigmatiser

Quand la neurodivergence devient violente : Comprendre sans stigmatiser
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Publié le:
Friday
02
October
2026

Lundi matin, 8h45. Lucas, 9 ans, ayant une condition du spectre de l’autisme et un trouble déficitaire de l’attention (TDAH), s’agite en classe et lance son pupitre.

Jeudi après-midi, 16h. Laurence, 15 ans, présentant un syndrome Gilles de la Tourette (SGT) et une anxiété généralisée, rentre de l’école. Lorsque sa mère lui demande de ranger ses effets scolaires et de faire ses tâches, elle lance sa boîte à lunch puis claque la porte de sa chambre.

Dimanche matin, 7h. Joseph, 21 ans, ayant un trouble du déficit de l’attention et un historique d’abus de substances, se réveille en cellule de prison après avoir été impliqué dans une querelle au bar.

Trois individus neurodivergents. Trois profils neurodéveloppementaux distincts. Trois scénarios impliquant la violence. Un sujet tabou : la violence en contexte de neurodivergence.

Parler de violence sans stigmatiser la neurodivergence

Commençons par situer deux présupposés à l’égard de la violence en contexte de neurodivergence.

D’une part, les efforts de déstigmatisation à l’égard de la neurodivergence peuvent nous encourager à excuser les comportements de violence, en raison d’une vulnérabilité neurodéveloppementale. D’autre part, certains stéréotypes associent l’autisme, le TDAH et le SGT à la dangerosité, ce qui contribue à la stigmatisation de la neurodivergence.

Puis, permettons-nous d’aborder une perspective nuancée afin de comprendre sans stigmatiser.

La neurodivergence ne permet pas, à elle seule, de prédire un comportement violent. Or, les personnes neurodivergentes sont plus à risque de vivre des états explosifs et/ou d’exhiber des comportements dangereux, en particulier lorsqu’il y a présence de troubles concomitants (anxiété, dépression, trouble obsessionnel-compulsif, trouble de conduite, trouble d’opposition avec provocation, trouble explosif intermittent, kleptomanie, pyromanie). 1,2,3

En comparaison à la population globale, les personnes neurodivergentes sont plus nombreuses à vivre de états de dysrégulation impliquant la violence (agressivité, bris d’objet, insultes) sans toutefois que cela ne soit attribuable à leur caractère intrinsèque ou leur personnalité. Par ailleurs, ces comportements violents sont souvent involontaires et sans intention de nuire. 1,2,3,4,5

Comprendre les phénomènes de violence chez la personne neurodivergente

Pour comprendre les épisodes de violence en contexte de neurodivergence, il est essentiel de considérer l’ensemble des facteurs qui peuvent contribuer aux états de dysrégulation.

Dans le cas d’un effondrement autistique (meltdown), la personne autiste vit généralement une surcharge importante. Cela est notamment dû à un ensemble des facteurs parmi les suivants : surcharge sensorielle, émotions importantes, surabondance d’information, difficultés à se faire comprendre ou encore, un excès d’imprévisibilité. La personne autiste peut vivre un effondrement de manière intériorisée (se replier sur soi, s’isoler, se cacher), ou de manière extériorisée (crier, briser des objets, lancer, mordre). 2

Chez la personne Tourette, les crises explosives sont plutôt vécues comme des expériences très soudaines et inattendues de rage intense. Sous l’emprise de cette tempête neurologique, la personne atteinte du SGT peut perdre le contrôle d’elle-même et se mettre à crier, menacer les gens de son entourage et détruire des biens. Les facteurs déclencheurs sont souvent difficiles à identifier, étant généralement associés à un événement de faible envergure auquel la personne SGT n’est pas en mesure de répondre de manière ajustée.1

Dans le cas du TDAH, le cerveau a plus de difficulté à inhiber l’impulsivité, planifier ses réactions et adopter une réponse émotionnelle ajustée à la situation. Les personnes avec un TDAH peuvent alors adopter des comportements plus impulsifs, moins réfléchis tout en étant sous l’impact d’émotions très intenses. Cela peut se traduire par des conduites plus à risque, plus dangereuses, et potentiellement plus violentes. En comparaison à la population générale, la personne avec un TDAH est 6 fois plus sujette à être accusée d’avoir commis un crime violent au cours de sa vie. 3,4,5

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Comment intervenir face aux épisodes de violence

Comprendre les raisons pour lesquelles une personne neurodivergente se comporte avec agressivité ne rend pas les coups moins douloureux, les insultes moins blessantes, les objets moins brisés ou les autres personnes de l’entourage moins vulnérables.

Il est également primordial de considérer les aspects de sécurité et de protection, même lorsque les épisodes de violence sont liés à une condition développementale connue.

D’abord, il est important de mettre en place des mesures préventives. Celles-ci visent à réduire la fréquence et l’intensité des épisodes explosifs. À l’étape de prévention des crises futures, les questions suivantes sont pertinentes à explorer :

  • Qu'est-ce qui a précédé le comportement violent ?
  • Quelles capacités ont été dépassées chez l’individu ?
  • Quels facteurs augmentent le risque d’explosion ?
  • Quelles modifications et/ou accommodements pourraient prévenir les épisodes futurs ?
  • De quoi la personne a-t ’elle besoin pendant/après l’effondrement ?
  • Qui est la personne la mieux habilitée à soutenir l’individu en état explosif ?
  • Quel est l’environnement le plus sécuritaire pour la personne en crise ? 1,2

Lors d’un épisode explosif, ce n’est toutefois pas le moment de poser des questions à l’individu sous l’emprise d’une tempête neurologique. Au contraire, il est recommandé de réduire les stimuli et d’éviter les conversations. Les stratégies à prioriser sont :

  • Amener la personne en état de dysrégulation dans un endroit apaisant;
  • Le cas échéant, retirer les enfants et les personnes vulnérables de la scène de violence;
  • Retirer les objets fragiles;
  • Demeurer en présence de la personne en détresse, tout en évitant de la regarder directement;
  • Mentionner des phrases courtes et rassurantes de temps à autres :
  • Éviter de demander à la personne de se calmer ou de se contrôler;
  • Éviter de faire référence à des conséquences futures ou à des punitions éventuelles;
  • Appeler les services d’urgence si la personne présente un risque éminent pour elle-même ou pour autrui. 1,2‍
    • Parfois, l’arrivée des premiers répondants déstabilise suffisamment la situation pour mettre fin à la crise.

Après l’épisode :

  • Permettre à l’individu de s’apaiser (sieste, film, jeu calme, dessin, musique);
  • Faire un retour lorsque la situation est résorbée. L’individu qui a vécu un épisode important peut se sentir confus, honteux, fatigué;
  • Éviter de moquer la personne ou de la culpabiliser pour ses comportements. 1,2

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Un soutien pour la personne neurodivergente et sa famille

Lorsqu’il y a présence d’agressivité ou de dangerosité, il est indiqué que la personne neurodivergente apprenne des stratégies d’auto-régulation. Le soutien à la connaissance de soi, la reconnaissance des signes précurseurs et des stratégies de désamorçage sont des pistes favorables qui peuvent redonner un sentiment de contrôle à l’individu.

Les épisodes de violence peuvent aussi avoir des impacts considérables sur l’environnement familial. Un soutien parental et/ou familial peut être indiqué afin que tous les membres de la famille saisissent bien les causes, les enjeux, les risques, et les mesures à prendre en cas d’explosion.  

Un suivi individuel ou familial auprès d’un professionnel de la santé mentale formé en neurodivergence peut soutenir la mise en place de stratégies de prévention, d’adaptation et d’apaisement qui viseront à prévenir les épisodes explosifs et surtout, à réduire la honte et les stigmas associés. Parfois, une équipe multidisciplinaire impliquant un médecin et/ou un psychiatre est à considérer afin d’offrir une prise en charge plus globale.

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En résumé :

  • La neurodivergence ne constitue pas, en soi, un facteur permettant de prédire la violence.
  • Certains profils neurodéveloppementaux, dont le TSA, le TDAH, et le SGT sont associés à des épisodes de violence.
  • Les comportements involontaires de violence ne signifient pas qu’une personne est intrinsèquement dangereuse.
  • Même si la violence se produit en contexte de neurodivergence, elle demeure tout de même de la violence, avec ses risques associés.
  • En cas de risque éminent, les services d’urgence sont à contacter.
  • Un soutien thérapeutique permet de supporter l’individu et son entourage.
  • Une approche multidisciplinaire peut être indiquée.

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Bibliographie

1 Association québécoise du Syndrome Gilles de la Tourette (AQST). (s.d.). Quand l’émotion déborde. https://aqst.com/wp-content/uploads/Feuillet-episodes-explosifs.pdf

2 Bennie, M. (2026, juin). Accès de colère et effondrement autistique : Quelle est la différence entre les deux ? Autisme Ontario. https://www.autismontario.com/sites/default/files/2020-05/Acc%C3%A8s%20de%20col%C3%A8re%20et%20effondrement%20autistique.pdf

3 Fondation Dr Julien. (2018). TDAH et troubles du comportement. https://institutpediatriesociale.com/wp-content/uploads/2020/03/TDAH-Document-daccompagnement.pdf

4 Widding-Havneraas, T., Zachrisson, H-D., Markussen, S., Elwert, F., Lyhmann, I., Chaulagain, A., Bjelland, I., Halmoy, A., Rypdal, K., Mykletun, A. (2023). Effect of Pharmacological Treatment of Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder on Criminality. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 63(4), https://doi.org/10.1016/j.jaac.2023.05.025.

5 Young, S., Moss, D., Sedgwick, O., Fridman, M., & Hodgkins, P. (2015). A meta-analysis of the prevalence of attention deficit hyperactivity disorder in incarcerated populations. Psychological medicine, 45(2), 247–258. https://doi.org/10.1017/S0033291714000762

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